Albert Assaraf

DU LIEN AUX ORIGINES DES 
« 
STRUCTURES ANTHROPOLOGIQUES DE L'IMAGINAIRE »

Essai d'application d'une théorie du lien à la classification durandienne des images
(seconde partie)

De la modalité « Abolir le lien » à la génération du Régime Diurne de l'image

Selon Durand, deux schèmes, pas un de plus, suffisent à déterminer le Régime Diurne de l'image : le schème ascensionnel qu'il matérialise au travers du sceptre, le schème diaïrétique (ou de séparation) qu'il concrétise au moyen du glaive. Ainsi, tels les atomes constitutifs d'une molécule, en l'occurrence la « molécule Diurne », sceptre et glaive interagissent, se combinent de sorte que « le glaive vient doubler le sceptre, et les schèmes diaïrétiques viennent consolider les schèmes de la verticalité 39 ».

Mais avant de considérer l'étonnant rapport de similitude qui relie le sceptre et le glaive à nos deux uniques constituants du lien : la position et la jonction, nous aimerions insister sur un point essentiel. Ni le sceptre ni le glaive ne sont, en soi, la marque d'une prédisposition Diurne. Comme pour le lien, l'un et l'autre peuvent, selon le cas, désigner la chose et son contraire. Est-ce contre le « dehors », contre « la nouveauté », que le glaive applique ses vertus tranchantes ? Et le glaive de révéler, cette fois, une prédisposition mystique. Idem pour le sceptre. Tout dépend de la position que le sujet adopte vis-à-vis de cet attribut du pouvoir. Est-ce une position de soumission ? Et le sceptre de renvoyer à une structure Nocturne. S'il est vrai qu'un crâne, par exemple, en raison du sème (idée) qu'il renferme (« Je proviens de la partie la plus élevée du corps »), a effectivement de grandes chances de faire par la suite l'objet d'une vénération particulière en tant que « centre et principe de vie, de force physique et psychique 40 ». Toutefois, en dépit de sa verticalité foncière, un crâne, en soi, n'est ni Nocturne ni Diurne. Et le cas des Andaman, des Papou, des Indiens de Bolivie « qui conservent pieusement les os crâniens de leurs proches dans un panier » est sans conteste à mettre au compte d'une attitude éminemment mystique (au sens où Durand l'entend). Car ce dont il est ici question c'est d'une marque de fidélité parfaite, d'une viscosité absolue à l'égard de la position haute des anciens. Même le cas des Jivaro, des Dayak de Bornéo, des Mundurucu du Brésil « qui pratiquent la conservation des têtes coupées à l'ennemi 41 », trahit, selon nous, une attitude profondément mystique. Car ce dont il s'agit ici, c'est d'emprisonner, de museler, de contrôler symboliquement la puissance de l'adversaire, ce qui a pour effet de rigidifier encore et encore l'axe intérieur/extérieur des groupes respectifs. Il serait donc inexact de classer, comme le fait Durand, ces deux exemples dans la catégorie Diurne. De même qu'il serait inexact, nous semble-t-il, de ranger le cas de Renée (dite) la « schizophrène » dans cette même catégorie. En effet, Renée n'a rien d'un « héros solaire [qui] désobéit, [qui] rompt ses serments, [qui] ne peut limiter son audace 42 ». Lors de ses crises d'irréalité, ce n'est jamais elle, mais son entourage qui est atteint d'un phénomène de « gigantisation » :
Elle, [Alice, sa camarade], écrit Renée, grandissait, grossissait à mesure qu'elle se rapprochait de moi et que moi je me rapprochais d'elle. Je criai : « Arrête, Alice, tu ressembles à un lion, tu me fais peur ! »[…] Mais en fait je ne voyais pas du tout un lion : c'était une image pour exprimer la perception grossissante de ma camarade […] 43.
En réalité, tout dans Renée s'apparente à la catégorie mystique de Durand. Ce dont elle aspire le plus au monde, ce n'est en aucun cas le « déliage », mais tout au contraire une fusion totale avec sa mère. Si elle souffre, c'est justement en raison de son inaptitude chronique à rompre avec une génitrice qui lui dénie tout droit à la vie, qui sans cesse la disqualifie, lui fait du mal 44. Si Renée « est terrorisée, écrasée », c'est parce qu'elle n'a plus qu'un « mur d'airain », qu'un « mur de glace » pour mère 45. Spirale infernale. Lorsqu'elle s'approche de sa mère, sa mère la repousse. Qu'elle s'en éloigne, ne fût-ce que par la pensée, et la voilà coupable du « crime de Caïn 46 ». Ce n'est pas en raison d'un brusque changement de Régime que Renée a trouvé la voie de la guérison - Renée n'a jamais cessé d'être une mystique éprise « d'un intense besoin de nourriture maternelle 47 » -, mais grâce à une substitution sans heurts, lente, paisible (la mise au vert) de l'ancienne intériorité létale (la mère) au profit d'une intériorité de vie (sa thérapeute, Mme Séchehaye).

Nous voulons ici souligner avec force, que le propre du Régime Diurne, n'est pas dans telle ou telle image considérée isolément. Les oppositions lumière/ténèbres, sommet/gouffre, chef/inférieur ne sont pas plus la marque d'un Régime Diurne que la « double négation » n'est l'indice d'une structure mystique. Il n'est pas jusqu'à la « molécule » sceptre/glaive qu'on ne puisse apparenter à la catégorie mystique. Que fait l'intégriste musulman actuel, un mystique parmi les mystiques, sinon qu'il développe une soumission, une viscosité totale envers le sceptre d'Allah, dans le même temps que, tel un héros solaire, il court, glaive au poing, pourfendre le dragon de l'Occident ?

Voilà pourquoi nous sommes aujourd'hui convaincu que ce qui caractérise le Régime Diurne c'est une relation spécifique dont le geste fondamental est disjonctif/conjonctif. C'est-à-dire une relation où l' « ennemi à abattre » ce n'est plus, cette fois, le monde extérieur, mais sa propre « intériorité ». Si la catégorie mystique se caractérise par un sur-attachement à la sphère intime dans le même temps que par un rejet du « dehors », selon le schéma ci-dessous :

I N T E R I E U R  /  E X T E R I E U R
conjonction                disjonction
haut                          bas
La structure profonde du Régime Diurne, en revanche, implique un monde sens dessus dessous où il faille se disjoindre de son « dedans » et se conjoindre à l'inconnu :

                                      I N T E R I E U R  /  E X T E R I E U R
                                          disjonction               conjonction
                                                bas                         haut

Autant dire que le Régime Diurne n'est pas sans supposer un « parricide » doublé d'un « fratricide ». Et c'est uniquement dans cette perspective, à l'exclusion de toutes les autres, que, selon nous, sceptre et glaive déterminent effectivement la constellation Diurne, au sens où Durand l'entend. Le sceptre, en tant que symbole d'une souveraineté retrouvée - souveraineté autrefois bafouée par les représentants de l'autorité (Dieu, Ancêtre mythique, establishment, père, mère, oncle pour le Trobriandais…). Le glaive, en tant qu'attribut du « déliage », du divorce d'avec le « dedans ».

Il est remarquable de constater que si la modalité « Cimenter le lien » se traduit par un affaissement de la position du sujet au profit de la conjonction. Dans le cas de la modalité « Abolir le lien » on assiste tout au contraire à une inflation de la position aux dépens de la conjonction. Pour paraphraser Durand, tout se passe comme si la disjonction (le glaive) venait doubler la position (le sceptre48.


Mais revenons à notre X de départ. Supposons, à présent, qu'en raison d'un ressentiment latent envers les siens, X décide d'entreprendre une longue recherche en solitaire sur les origines de l'homme, de sorte qu'il en arrive à conclure que rien, absolument rien ne peut rapprocher la catégorisation de l'univers que véhicule l'énoncé Dieu créa l'homme à son image de celle que sous-tend L'homme descend d'un primate hominoïde. A supposer donc que X considère, désormais, ces deux énoncés aussi incompatibles que la théorie des quatre éléments d'Aristote est inconciliable avec la théorie atomique actuelle, notre définition du lien peut encore conjecturer :
1) Que X sera dorénavant convaincu, comme Freud, que « la civilisation est quelque chose d'imposé à une majorité récalcitrante par une minorité ayant compris comment s'approprier les moyens de puissance et de coercition 49 ».
2) Que la brutale disjonction de X entraînera fatalement un gonflement de la « volonté de puissance », une focalisation extrême à l'endroit de l'axe inférieur/supérieur. Laquelle focalisation entraînera à son tour un clivage du monde en deux. D'un côté‚ les « maîtres » de l'autre les « troupeaux », d'un côté les « supérieurs » de l'autre les « inférieurs », d'un côté‚ les « bons » de l'autre les « mauvais », d'un côté‚ les « clairvoyants » de l'autre les « aveugles », d'un côté les « purs » de l'autre les « impurs », les « reptiles », les « hypocrites ».
3) Que X sentira soudainement monter en lui une implacable répugnance pour les représentants de l'autorité en place (Dieu, prophètes, penseurs, maîtres, père, mère…) Que son esprit n'aura à l'avenir qu'un but : rabaisser ce qui est élevé, renverser l'échelle des valeurs, piétiner la position haute dont sa sphère intérieure était jusque là investie. Même la figure de Dieu ne pourra pas échapper à ce feu dévorant dont son axe vertical est désormais la proie. Suivant le degré de sa rupture (et bien évidemment suivant ses prédispositions génétiques pour ce qui est du « dosage » jonction/position), il est même hautement probable que, tels les gnostiques des Ier et IIe siècles, l'imaginaire de X s'évertuera à ravaler la figure de Dieu au rang d'un Démiurge sans scrupule, sourd et aveugle aux souffrances des humains. N'est-ce pas ce que fait l'esprit de Nietzsche lorsqu'il accuse le « Dieu de bonté » d'être « un Dieu de la plus grande myopie, un Dieu d'impuissance et de diablerie 50 » ?
4) Que la structure profonde du discours de X prendra à l'avenir une forme de ce type : « Tu (l'ancienne catégorisation, Dieu, prophètes, penseurs, maîtres, père, mère…) dis que…, eh bien moi je dis que… ! » Comme Freud, on peut augurer qu'il trouvera désormais un malin plaisir à enfoncer le clou, à concocter des répliques imparables contre le pouvoir religieux en place : « [Vous dites qu']il nous faut croire, parce que les ancêtres ont cru. Mais ces ancêtres étaient bien plus ignorants que nous, ils croyaient à des choses qu'il nous est aujourd'hui impossible d'admettre 51 », etc.
En bref, nous conjecturons que X sera catapulté dans un monde minéral, fait de polémique, de division, de surenchère, de « montée », de « chute », de « lumière », de « ténèbres », de « vérité », de « mensonge »… Un monde sens dessus dessous où le haut est désormais en bas. Où le « dedans » est désormais « dehors » ; et le « dehors », « dedans ». Un monde inversé, où la sphère intime devient la chose dont il doive absolument se disjoindre ; et l'inconnu son seul espoir pour rester en vie et pour renaître. Quoi de plus naturel, si à ce stade des choses l'imaginaire de X se mette spontanément à fabriquer des images de « soleil noir », d' « abîme renversé », de « chute en haut 52 ». L'on peut même conjecturer que dans un tel climat de « fission », la rupture s'en ira prendre, ainsi que pour les sectes, le chemin du sur-amour, du sur-partage, de la sur-fraternité, de la sur-égalité… comme autant d'alibis pour légitimer la répudiation du « dedans ». Il n'y a là rien d'archétypal : il n'y a là que du relationnel.


De la modalité « Créer le lien » à la génération des Symboles cycliques

Depuis l'apparition récente de l'échographie, nous savons avec certitude que, déjà, dans la matrice, le bébé « établit avec la voix de sa mère une relation privilégiée ». Qu'il « accélère son cœur lorsque sa mère chante une comptine et qu'il change de posture quand elle prend la parole 53 ». Autrement dit, déjà dans le ventre de la mère nous privilégions certains signes plutôt que d'autres. Déjà nous chargeons en liens les objets de notre entourage immédiat. Déjà prédomine en nous - très certainement de façon innée 54 - l'idée d' « attachement », de « qualité », de « priorité », par opposition à tout ce qui est « inconnu », « sans intérêt », « amorphe ». Bref, déjà nous répartissons le monde suivant un axe horizontal intérieur/extérieur.

Et cet axe, bien entendu, à mesure que nous évoluerons au contact des adultes, n'aura de cesse de se rigidifier sous l'action mille et mille fois réitérée des « Prends garde à ceci », « Eloigne-toi de cela », « Voilà ce qui est bien », « Voilà ce qui est mal ». Sans compter les « Celui-ci est ton frère » et les « Celui-là est ton ennemi », qui, en un rien de temps, peuvent transformer le cerveau d'un enfant en un véritable bunker imperméable. Aussi, il n'est pas exagéré de dire que tous les enfants sont plus ou moins des mystiques, en ce sens qu'ils ne peuvent pas ne pas faire ce que les adultes exigent d'eux. En ce sens qu'ils n'ont d'autre choix que de développer une stratégie du type : « Je (enfant) vous offre ma position, en échange vous (famille) m'offrez votre conjonction sous forme de tendresse et de sécurité ».

Ce pacte implicite est à ce point ancré, certes à des degrés près, dans la conscience du petit de l'homme, toutes civilisations confondues, qu'il est permis d'affirmer : au commencement il y a la modalité « Cimenter le lien ». Puis, viennent les trois autres, selon un trajet spécifique autour du carré sémiotique.
Tout d'abord on hérite d'un lien, d'une accommodation (structures mystiques), puis, sous la pression du monde extérieur, vient le temps où il faut ménager la chèvre (ancien) et le chou (nouveau) (structures synthétiques), puis, en cas de victoire complète du « dehors » sur le « dedans », vient le temps du divorce, du « déliage », de la répudiation des accommodations passées (structures diaïrétiques). Puis vient le temps de renaître, de se régénérer, de recommencer ailleurs sous les auspices d'un nouveau Temps des origines, d'un nouveau Centre, d'un nouveau Dieu, d'un nouveau Père fondateur, d'une nouvelle catégorisation de l'univers (symboles cycliques).

Et le cycle recommence, telle une spirale, autour du carré sémiotique : cimenter, neutraliser, abolir, créer. Certes ce trajet du lien n'est pas à sens unique. Un individu à l'état « Abolir le lien » peut parfaitement faire marche arrière et revenir à l'état « Cimenter le lien ». C'est le cas de l'ancien gauchiste pur et dur qui se fait moine, rabbin ou intégriste musulman.

La modalité « Créer le lien » suppose donc la « mort » de l'ancien. Elle sous-tend l'idée de passage, de résurrection. Du coup, sous la pression d'une telle modalité, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'imaginaire se mette spontanément à focaliser son attention sur des représentations ayant un rapport de similitude avec l'idée de la mort et de la renaissance. Au premier chef, ce sera bien évidemment la lune. Tout simplement parce qu'elle incarne au plus haut point ce qui « apparaît et disparaît 55 ». Puis l'eau, à la fois pour son pouvoir de régénérer la nature, que pour ses vertus lustrales. Puis le serpent, parce qu'il « change de peau tout en restant lui-même 56 ». Puis l'escargot du fait « qu'il montre et cache ses cornes 57 ». Puis la spirale, puis la chrysalide, puis le cycle menstruel, puis le flux et le reflux des vagues… En somme n'importe quelle image, pourvu qu'elle contienne le sème du « va-et-vient », du « passage », soit naturellement (synecdoque), soit en raison d'un rapport de contiguïté‚ (métonymie) ou de similarité (métaphore).

Le mythe de la mort-renaissance, on le voit, n'est que l'expression réifiée d'une disjonction/conjonction. D'où sa prolifération particulière au carrefour des grandes périodes de changement, là où l'histoire s'accélère au point de tout rendre caduc sur son passage. La mort-renaissance n'a donc rien d'archétypal, au sens où Jung et Eliade l'entendent : un symbole héréditaire statique, stocké dans la conscience depuis la nuit des temps.

Il importe par ailleurs de souligner que la création d'un lien nouveau, dans la mesure où elle implique une recatégorisation de l'univers, se traduit le plus souvent par une coincidentia oppositorium. La classification actuelle qui consiste à ranger ensemble l'alcool à brûler (eau), le gaz naturel (air) et le charbon (terre), serait très certainement perçue comme une coincidentia oppositorium par un savant du XVIIIe siècle se réclamant de la théorie des quatre éléments d'Aristote. Pour un fondamentaliste, ce serait à coup sûr faire coïncider des contraires que d'inclure l'Homme dans la catégorie des primates au même titre que les gorilles et les chimpanzés. Là où nous voyons une différence substantielle infime entre l'homme et la femme (XY et XX), l'intégriste, en digne héritier d'Aristote, voit un fossé que seul le tchador peut combler. Si à nos yeux l'opposition Noir/Blanc se limite à une simple présence/absence du gène responsable de la mélanine, aux yeux du raciste faire cohabiter ensemble le Noir et le Blanc équivaut à une véritable coincidentia oppositorium.

Ce faisant, il n'est pas excessif de dire que la logique d'Aristote - dont sont pétris tous les textes anciens - est à l'origine, du moins favorise-t-elle grandement, tous les fanatismes. En effet, l'intégriste qui tue, assassine, en réalité, des individus qu'il perçoit comme n'étant plus de la même substance que lui. Il voit dans son adversaire ce que l'aristotélicien voyait entre l'eau et la glace : deux éléments foncièrement différents que rien ne peut rapprocher. C'est dire combien une grande découverte scientifique, comme celle de l'atome par exemple, a pu modifier en profondeur notre découpage conceptuel du monde, notre imaginaire.


Conclusion

S'il est vrai que notre réflexion sur le lien confirme l'intuition de Gilbert Durand, à savoir qu'il existe effectivement « des grandes constellations imaginaires 58 », cette même réflexion, en revanche, n'est pas sans induire une profonde reconsidération des hypothèses de notre auteur concernant l'origine et la nature de ces « constellations ».
Il ressort de notre étude :
1) Qu'il n'est pas nécessaire de mettre en avant un concept explicatif aussi fragile qu'éphémère telle que la réflexologie du nouveau-né pour rendre compte de la genèse des structures de l'image. Durand concède d'ailleurs dans la préface de la troisième édition que « le réflexe dominant n'a jamais été pour [lui] […] principe d'explication 59 ». De même qu'il reconnaît, à la suite de Piaget, que le nouveau-né ou l'enfant « ne tire aucune intuition généralisée des attitudes posturales primordiales 60 ».
2) Que les « essaims » d'images résultent moins d'un « trajet anthropologique » que d'un parcours obligé du lien. Moins de quelconques « grands symboles héréditaires 61 » que du pouvoir ligatif des signes.
3) Il ressort, par ailleurs, de notre étude que toute tentative de classification isotopique des images considérées isolément est vouée à l'échec. Autant dire que l'idée bachelardienne selon laquelle « l'image ne peut être étudiée que par l'image 62 » mène, selon nous, tout droit à une impasse.
4) Il apparaît, enfin, qu'il n'appartient pas aux « quatre éléments », comme le croît Bachelard, d'être « les hormones de l'imagination 63 », mais bien à la jonction et à la position. Et pour aller jusqu'au bout de cette heureuse métaphore, nous dirons que jonction et position sont non seulement les « hormones » mais aussi les « phéromones » de l'imaginaire. C'est-à-dire qu'elles sont susceptibles de structurer tout à la fois mon esprit que celui de mon entourage.
 Position et jonction sont la chaîne et la trame qui structurent le tissu de l'imagination ; elles sont, selon nous, premières, en ce sens qu'elles déterminent les images mentales, les idées qui prennent forme dans notre esprit. C'est en raison d'une conflagration sur l'axe intérieur/extérieur (jonction) que, soudain, la fourmi va m'apparaître comme évoquant le « grouillement », l' « agitation », l' « agressivité », le « sadisme dentaire », l' « engloutissement »… 64.

Et c'est pour assouvir l'axe inférieur/supérieur (position) que, cette fois, mon imaginaire ira se repaître d'images où prévalent les idées de « hauteur », d' « ascension », de « puissance », mais aussi de « chute », de « castration », de « soumission », de « défaite »…

Si, pour conclure, Gilbert Durand a mille fois raison d'accuser les insuffisances du modèle linguistique 65 , ce n'est pas pour autant, selon nous, qu'il faille mettre en cause son formalisme. Car c'est moins le structuralisme qui est à revoir que le signe saussurien. Moins l'idée de système que l'idée d'un signe amputé de sa dimension ligative.
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