Albert Assaraf

Quand dire, c'est lier
Pour une théorie du lien
 
Je dis : « Jésus n'était qu'un homme ». Que contient cette phrase de si fort pour provoquer chez le catholique pratiquant le sentiment de colère que l'on imagine, sans compter qu'il y a quelques siècles à peine un tel énoncé conduisait droit au bûcher ?

Je pourrais à l'envi décomposer le syntagme « Jésus n'était qu'un homme » en phèmes du côté du signifiant (plan de l'expression), en sèmes et classèmes du côté du signifié (plan du contenu) sans jamais pour autant effleurer d'un cheveu l'origine de sa puissance, de ce qui lui donne virulence et pouvoir.

Le fait que je sache qu'au niveau de la forme de l'expression, Jésus s'oppose à Josué, Josua, etc.; que le mot hébreu yéchou'a (délivrance) est enfoui dans celui de Jésus, impliquant par là que son nom connote déjà sa future fonction de sauveur, peut m'aider effectivement à comprendre la signification de ce mot, mais en aucun cas sa force.

La réponse à votre question, me dira un sémanticien, est à rechercher du côté de la forme du contenu. Au mot Jésus, tout catholique associe, entre autres, l'idée (le sème) de « fils de Dieu », or « Jésus n'était qu'un homme » infirme cette idée, d'où sa prévisible réaction d'indignation.

Une telle réponse laisserait à penser que si un poète avait à prononcer « Le soleil n'était qu'un glacier », il devrait aussitôt craindre que s'abatte sur lui le courroux de son entourage sous prétexte qu'à soleil ne peut être associée que l'idée de « chaleur », et que glacier infirme cette idée.
Une analyse phémique ou sémique de « Jésus n'était qu'un homme », ne me dit pas pourquoi cette phrase a le pouvoir de susciter une réaction aussi vive, pouvoir que n'a pas « Le soleil n'était qu'un glacier ». Autrement dit, celle-là possède quelque chose en plus que ne renferme pas celle-ci, et qui échappe complètement à la grille d'une analyse sémantique classique.


La réponse pragmatique

La pragmatique apporte, il est vrai, un début de réponse. Du point de vue d'Austin, en énonçant « Jésus n'était qu'un homme », j'aurais commis trois actes à la fois : « l'acte locutoire [... ] qui possède une signification; l'acte illocutoire où le fait de dire a une certaine valeur; et l'acte perlocutoire, qui est l'obtention de certains effets par la parole 1 ».
Ainsi donc, selon Austin, quand nous parlons, nous faisons plus qu'aligner des signes et dire des choses, nous professons notre croyance, nous exprimons une volonté, nous nous assignons un rôle, nous exerçons des forces sur autrui.

En ce sens, l'énoncé « Jésus n'était qu'un homme », a effectivement quelque chose d'insoutenable pour le croyant. Ce n'est plus une phrase qu'il entend, mais un coup de poing qu'il reçoit ; une invitation, sinon une incitation, à ne plus croire au « Jésus est le fils de Dieu » de sa foi. Ce qui n'est évidemment pas le cas d'une phrase comme « Le soleil n'était qu'un glacier ». L'une résonne comme une bombe, l'autre comme une figure de style.

Pourtant, à regarder de plus près, on ne saisit pas pourquoi ces deux phrases ne sont pas effectivement dotées de la même force, alors qu'elles ont une structure syntaxique identique. Dans nos deux propositions, n'avons-nous pas la même valeur illocutoire iniplicite: l'affirmation ? Alors, pourquoi dans un cas l'acte d'affirmer est-il perçu comme violent (ou violant), et dans l'autre comme pacifique ?

A cette question Searle pourrait répondre qu'il s'agit ici d'un acte de langage indirect, pareil à celui qui existe dans « Peux-tu me passer le sel ? »

Tout locuteur a, effectivement, la possibilité d'émettre un type d'acte (en l'occurrence l'ordre de passer le sel) sous couvert d'un autre type d'acte (ici l'interrogation « Peux-tu me passer le sel ? »), que l'auditeur peut détecter après une série complexe d'inférences autour des lois conversationnelles de Grice. Voilà pourquoi à « Peux-tu me passer le sel ? » nous ne répondons jamais par « Oui », ce qui serait le plus logique ; nous donnons le sel comme si nous avions entendu l'ordre « Passe-moi le sel » 2.

Il en va de même pour « Jésus n'était qu'un homme ». Si l'oreille de l'auditeur chrétien entend une affirmation, son esprit, quant à lui, capte une exhortation à la rébellion : « De mes guides spirituels, j'ai appris que Jésus était plus qu'un homme, qu'il était le fils de Dieu. Or, cet individu m'affirme le contraire. C'est donc qu'il veut contredire ma foi. Mais s'il veut contredire ma foi, c'est donc pour la disqualifier à mes yeux, c'est donc qu'il en veut à l'Eglise, c'est donc qu'il a l'intention de lui faire du tort, c'est donc qu'il fait campagne pour que tous nous la rejetions, c'est donc mon ennemi puisqu'il cherche à me faire faire des choses qui vont à l'encontre de celle-ci... »

Sommes-nous pour autant au bout de notre quête ?
Non. Car Searle ne résoudrait ici que le problème que soulève la disproportion des forces entre la première affirmation et la seconde. Mais cela ne m'explique pas pourquoi dans « Jésus n'était qu'un homme » l'esprit de l'auditeur chrétien se met aussitôt à fuser dans tous les sens à l'affût d'actes indirects, alors que dans « Le soleil n'était qu'un glacier » son esprit, calme et serein, prendra très certainement l'acte d'affirmation à la lettre, rangeant la non-pertinence du contenu de la phrase sur le compte d'une simple figure de discours. La question reste entière.


Ducrot, « transformatoin juridique » et lien

« La découverte commence avec la conscience d'une anomalie », écrit Kuhn 3. L'anomalie, ici, comme nous l'avons montré, est dans l'énorme difficulté qu'Austin et Searle trouvent à rendre compte de façon systématique du pouvoir déstabilisateur d'une phrase comme la nôtre.
Je dis « Jésus n'était qu'un homme » et voilà aussitôt le feu qui s'abat sur moi, pourquoi ?

J'ai exercé sur mon auditeur religieux des forces illocutionnaires indirectes comme l'ordre, l'exhortation ; j'aurai commis ce qu'Austin appelle un exercitif, ou ce que Searle nomme un directif.

Or nous décelons ici deux lacunes. Primo, cette réponse n'éclaire en rien ce qui pousse ainsi mon auditeur à considérer mon affirmation comme un exercitif (ou un directif) ; elle constate seulement qu'il en est ainsi. Secundo, cette réponse implique que l'irritation de notre auditeur provient de l'exercitif en soi, dans le « [Je t'ordonne de me croire quand je te dis que] Jésus n'était qu'un homme ». Mais tel n'est manifestement pas le cas. Sinon ce serait admettre qu'une phrase comme : « Je t'ordonne de me croire quand je te dis que le pain est sur la table » est tout aussi subjugante que la nôtre.

Ducrot propose une autre définition de l'acte illocutoire. Il voit dans ce dernier « une activité destinée à transformer la réalité », autorisant « une transformation juridique, [...] une création de droits et d'obligations pour les interlocuteurs » 4.

De la sorte, toujours selon Ducrot, l'essentiel d'une promesse, c'est de charger l'énonciataire d'une contrainte qui n'existait pas avant son acte d'énonciation ; d'une interrogation, c'est de créer une situation où l'énonciataire se sent obligé de répondre ; d'un ordre, c'est de donner naissance à un monde où l'énonciataire se doit d'obéir... En définitive, dire, selon Ducrot (et nous ne pensons pas trahir le fond de sa pensée par cette formule), c'est créer, ex nihilo, pour soi et pour les autres, des connexions qui n'existaient pas avant l'acte d'énonciation ; dire, c'est plus que faire, c'est faire croire pour lier.

Et notre cas ad hoc laisse clairement transparaître ce phénomène, ce pouvoir qu'ont les mots de ligaturer les êtres. Ainsi, par l'entremise de « Jésus n'était qu'un homme », je fais plus que « faire croire » à mon auditeur que Jésus n'était qu'un homme ; je lui fais « faire ne plus croire » que Jésus était le fils de Dieu. En d'autres termes, la force de ma phrase ne réside pas dans l'ordre en soi, dans l'exercitif, mais dans sa capacité à « délier » l'auditeur de sa croyance pour le « lier » à une autre croyance qui est la mienne.

L'esprit de notre auditeur va se débattre dans tous les sens, non à cause de mon non-respect d'un principe conversationnel de Grice, mais bien parce que ma phrase n'agit pas moins qu'un détonateur qui a pouvoir d'abolir un des liens essentiels le liant à son groupe ; de provoquer une formidable réaction en chaine - si Jésus n'est pas le fils de Dieu, alors Marie n'était pas vierge... une explosion nucléaire, en quelque sorte.
Dans « Le soleil n'était qu'un glacier », en revanche, il ne se passe rien, parce que je ne « délie » personne, je fais tout au plus de la chimie avec mes mots, sans tirailler le niveau relationnel, le « noyau » de la sphère intime de mon auditeur.

Supposons, à présent, que j'appartienne à la secte des Ice-Sun. Et que celle-ci, comme son nom l'indique, ait pour doctrine qu'à l'origine régnait un froid glacial sur le soleil, avant que Dieu ne se décide à rendre l'astre incandescent pour que germe la vie sur terre. Réagira-t-il de même, notre auditeur, si j'avais énoncé « Le soleil n'était qu'un glacier », dans le but de le convertir à la communauté des Ice-Sun ?
Évidemment non. Et pourtant ma phrase est restée inchangée. Je n'y ai pas bougé le moindre petit iota. Que s'est-il passé ? Nous l'avons tout simplement chargée, enrichie en liens, rendue « ligaro-active » (du latin ligare, lier), en quelque sorte. Elle signifiait une figure de style, elle signifie désormais : tu te dois de quitter ton père, ta mère ; tu te dois de couper tes attaches antérieures avec les tiens si tu veux te lier à mon groupe.
Les actes de langage ont, nous le constatons, en plus de leur pouvoir de signifier, le pouvoir de lier et de délier, d'unir et de désunir les hommes, dans le même temps qu'ils sont eux-mêmes le produit de l'union des phèmes et des phonèmes. Par conséquent, négliger la dimension « ligaro-active » d'un signifiant ou d'un signifié, serait, selon nous, tout aussi factice (sinon dangereux) que d'étudier un atome d'uranium sans tenir compte de sa radioactivité.
L'écrivain Salman Rushdie est aujourd'hui un homme traqué, il se terre, sa vie est en danger, et ce, parce qu'il a osé jouer avec des versets hautement « ligaro-actifs ».

L'élaboration d'une « sémiotique de l'action », comme l'appelle de ses voeux Eric Landowski, passe donc nécessairement par une sémiotique du lien 5. Car, selon nous, l'agir, le faire faire, ne peut rien sans le lien.

Une sémiotique du lien, comme nous allons le voir, subsumerait non seulement la pragmatique - qui, en raison de sa grille d'analyse, ne peut que se contenter de la substance verbale - mais pourrait l'éclairer encore, et l'ordonner surtout.
Dieu, totems, sacrifices, fêtes, rites, prières, jeûnes, enterrements, la Bible, le Coran, prophètes, temples, objets sacrés, drapeaux,homélies, hymnes, calendriers, meetings politiques, une formule mathématiques, un paradigme comme « La terre tourne autour du soleil », « L'homme descend du singe », l'argot, un ordre, une promesse, un conseil, une affirmation, un sourire, un silence... ont ceci en commun selon nous, et ce malgré la substance qui les différencie : le pouvoir de créer, d'abolir ou de perpétuer un lien.


Le lien un choix épineux entre deux jonctions contadictoires

Sur le plan politique, religieux ou scientifique par exemple, où la dimension du lien frôle souvent la caricature, la création d'un nouveau paradigme implique automatiquement une rupture de lien avec l'ancien. Un hérétique ne fait pas qu'émettre une nouvelle idée religieuse, il détruit l'ancienne. Galilée n'a pas fait que démontrer que la terre tourne autour du soleil, il a rendu obsolète Aristote et Ptolémée. Accepter la vision du monde d'Einstein, c'est mettre à l'écart celle de Newton.

Aussi dirons-nous que le lien est tout à la fois et dans le même temps soit disjonctif/conjonctif soit conjonctif/disjonctif. Autrement dit, que la répudiation d'un lien implique ipso facto l'adhésion à un autre, et que, a contrario, l'adhésion à un lien implique automatiquement désertion d'un autre.

L'expérience nous montre qu'un lien est d'autant plus conjonctif qu'il est disjonctif, et inversement. L'intégriste musulman se détache d'autant plus du modèle occidental qu'il s'attache aux thèses islamistes. Le raciste magnifie d'autant sa « race » qu'il méprise celle des autres.

Nous dirons encore que « Jésus n'était qu'un homme » a pour objectif de produire un lien disjonctif/conjonctif, sur un auditeur catholique croyant ; un lien conjonctif/disjonctif sur un auditeur athée trop heureux de me l'entendre dire.

Nous dirons enfin, pour reprendre la terminologie de Greimas, qu'un lien est suspensif ou neutre s'il se présente comme disjonctif/non-conjonctif ou conjonctif/non-disjonctif. Un lien suspensif n'est jamais naturel pour autant. Sa stabilité apparente, il la doit à une longue série de neutralisations méta-communicationnelles, ou de rationalisations. Je peux faire de « Jésus n'était qu'un homme » un lien suspensif en le neutralisant par une prolepse du type « Je sais, vous allez être choqué par ce que je vais dire, mais je pense sincèrement que... » ou encore par une rationalisation du type « J'aimerais bien vous croire, mais malheureusement la science a prouvé que ... »

La mise au point de liens suspensifs, à cause de leur apparente neutralité, constitue à l'heure actuelle le terrain de prédilection des spécialistes en communication, lesquels ne les utilisent pas moins que des neutrons qu'ils projettent volontairement sur la sphère intime de l'auditeur dans le but de « casser » ses liens antérieurs.


Les catégories du lien

Nous tissons donc des fils invisibles quand nous parlons et agissons. Ces fils, soit nous les créons de toutes pièces, soit nous les renforçons.

On dit qu'un système - familial, religieux, politique, etc., se radicalise, quand justement les liens qu'il tisse forcissent au point de forger des chaînes inflexibles, « aliénantes » au sens propre du terme. L'individu se soumet au système tant que les liens imposés sont censés lui garantir survie et stabilité. Il se révolte quand les attaches n'assurent plus sa sécurité. quand elles se révèlent plus nuisibles qu'utiles : un symbole de mort. Parler, dans ce cas, équivaut à un véritable bris de chaînes, à une abolition de liens. Une relation circulaire s'installe alors où le système élimine l'individu révolté à mesure que ce dernier se détache du système.

Si parler c'est lier, je peux, le sachant, parler pour neutraliser le lien ou la force qui, indubitablement, émanera de mon acte de langage. Les « Ne prend pas en mal ce que je vais te dire... » ; un argument, une concession, l'humour, des actes implicites, etc. procèdent de cette classe.

Résultat, nous parlons pour :


Ce qui équivaut à : pour créer un lien, pour abolir un lien, pour cimenter un lien, pour neutraliser un lien.
 
 Nous créons un lien conjonctif par une promesse, un vœu, le fait de jurer, de prononcer « Je vous aime » pour la première fois, etc. ; généralement par ce qu'Austin et Searle nomment des « promissifs » 6.
Nous créons, encore, des liens, au travers d'une nouvelle croyance, d'un nouveau paradigme scientifique.
En dehors de la substance verbale, au travers d'un premier cadeau, d'un nouveau rite, d'un nouveau centre, d'un nouveau Temple, d'une nouvelle mode, d'une nouvelle danse, d'une nouvelle peinture, etc. Tout acte en somme, de langage ou non, à des degrés près, crée un type de lien au moment de sa première utilisation. Sa matérialisation équivaut littéralement à une genèse d'un monde nouveau, à l'invention de toutes pièces d'une réalité qui n'existait pas avant sa manifestation ; et provoque fatalement une redéfinition de l'ancienne catégorisation de l'univers. L'homme aussi, à l'image de Dieu, crée des mondes avec ses mots.

 Nous abolissons un lien (ou créons un lien disjonctif) par l'entremise d'injures, d'excommunications, de disqualifications, etc. ; par l'intermédiaire de « contrastifs » comme : mais, seulement, tout de même, pourtant, cependant, malgré tout, néanmoins, en revanche, par contre ; d'« oppositifs » comme : non, si, en fait, en vérité, absolument pas, certainement pas, pas du tout, etc.

L'argot peut aussi être perçu comme une tentative de rupture avec le lien social qu'impose indirectement la langue.

En dehors de la substance verbale, nous abolissons un lien par l'abandon ou la désacralisation d'une croyance, d'un rite, d'une fête, d'un jeûne, par un silence désapprobateur, etc. La profanation, la guerre, le meurtre symbolisent des ruptures extrêmes.

 Nous cimentons un lien (conjonctif) par des phrases comme « Je vous baptise », « Je vous marie », « La séance est ouverte », « Je t'aimerais toujours » etc. ; un lien disjonctif par « Malheur à vous », « Je te haïrai toujours » , « Vive la révolution », etc., toutes expressions par lesquelles le sujet marque sa fidélité à un groupe, à une institution, et dont il assume, sur le mode du devoir faire, toutes les conséquences.

En dehors de la substance verbale, le silence attentif du spectateur, un sourire, un baiser, une poignée de main, un cadeau, etc., confirment un lien conjonctif ; une grimace désobligeante, un crachat sur le visage, un tabou, etc., un lien disjonctif. Sont selon le cas disjonctifs ou conjonctifs, la façon de s'habiller, de se coiffer, de manger, de parler, de penser, de rire, etc.

Si et marquent un pouvoir/vouloir faire, et un devoir faire, quant à lui souligne un savoir faire. Le « ligateur » est ici un artiste, un prestidigitateur qui cache son jeu derrière des rationalisations ou des neutralisations méta-communicationnelles : il lie et délie, tout en niant, par des commentaires, qu'il lie et délie. C'est Spinoza, qui, au détour d'une critique méticuleuse des textes bibliques, ruine en fait l'origine supposée transcendante de la Bible. Son Traité théologico-politique, prétendument suspensif et aussi neutre que la raison pure, n'est pas moins une oeuvre hautement disjonctive, qui règle son compte et à la Synagogue et à l'Église.

Il existe donc des méta-actes de parole dont l'unique fonction est de neutraliser, d'absorber l'indubitable ligaro-activité des actes de parole. Et tout ligateur qui se respecte sait le parti avantageux qu'il peut tirer de ces méta-actes neutralisants que sont la raison, la beauté, l'amour, le rêve, la liberté, l'humour ; ou encore des actes implicites 7, des figures préventives comme la prolepse : « Tu vas m'en vouloir si je te le dis, mais je te le dis quand même... », « Loin de moi l'idée de te critiquer, mais... » ; la prétérition : « Il est inutile que je vous raconte à quel point il a été odieux...» ; l'association : « Moi aussi j'ai fait des erreurs comme vous...»
Conjoindre et donner l'illusion de ne rien disjoindre ; disjoindre et donner l'illusion de ne rien conjoindre ; conjoindre et donner l'illusion de disjoindre ;
disjoindre et donner l'illusion de conjoindre ; tel est le pouvoir de .


Le lien et la position

En sus de la jonction, toute interaction s'articule autour d'une seconde force, verticale celle-là : la position.
Lorsque je donne un conseil, par exemple, mon désir est de persuader X de m'écouter ; or, en m'écoutant, X se doit d'adopter l'attitude soumise de celui qui écoute. C'est incontournable. Quand j'ordonne, je veux qu'on m'obéisse, et l'obéissance est en soi soumission à un vouloir faire faire qui fige et renforce le « qui tu es pour moi, qui je suis pour toi » décrit par Flahault 8.

Quand je dis à X « Viens! », je le persuade aussi, indépendamment du fait qu'il vienne conformément à ma proposition, de se soumettre à ma volonté, conformément à ma position. Dès que X obéit, il confirme à la fois sa position basse et mon faire faire de domination. Plus X obéit plus il confirme et renforce ma position haute, moins il aura la liberté de désobéir, d'abroger le contrat fiduciaire implicite qui nous lie, celui qui stipule : « Je suis en haut, tu es en bas ». Toute désobéissance de X aura désormais valeur d'une remise en cause du pacte, et laisserait sous-entendre son intention d'en adopter un autre : « Tu es mon égal, je suis ton égal », par exemple.

Un fidèle qui se rend à son lieu de culte se conforme à au moins trois faire faire à la fois :
  (a) celui qui lui enjoint de s'y rendre conformément à sa tradition (conjonction),  
  (b) celui de confirmer son allégeance (sa soumission) au groupe,  
  (c) celui qui consiste à ne pas se rendre à un autre lieu de culte que celui-là (disjonction).  

Des institutions hyper-hiérarchisées, comme l'armée ou la religion, multiplient les liens à outrance : uniformes, grades, saluts, hymnes, drapeaux, rites, répartition stricte du temps, ordres, serments, promesses, défis, etc., et ce, bien évidemment, aux fins de renforcer, verrouiller toujours et encore les faire faire de position déjà existants, dans le même temps que de contrôler le degré de soumission du ligataire.
Disconvenir à un faire faire de proposition n'est à la limite pas grave, tant que le faire faire de position n'est pas atteint. On pardonne un oubli, une indisposition, une erreur, un moment d'égarement, jamais un acte délibéré d'insubordination.

Parler c'est donc, comme l'écrit Eric Landowski, « faire croire pour faire faire » 9 ; ou plus exactement, à la fois et en même temps : faire croire pour lier, pour faire faire suivant l'axe inférieur/supérieur, et pour faire faire suivant l'axe intérieur/extérieur.

Et nos deux axes sont, qui plus est, absolument interdépendants : je ne peux redéfinir le premier sans faire voler en éclat le second. Supposons, en effet, qu'entre X et moi il y ait statu quo autour d'une relation du type « Je suis pour toi en haut, tu es pour moi en haut ». Dans la mesure où X aimerait remettre celle-ci en question, il se doit de créer un nouveau monde qui l'expatrie forcément de l'ancienne réalité qui nous liait.
Ceci étant énoncé par X : « Tu dis que je suis pour toi en haut et que tu es pour moi en haut, mais moi je te dis, du fait de ma nouvelle vision des choses, que je suis encore plus haut que toi », l'axe intérieur/extérieur sera ipso facto à redéterminer.

Les actes de parole dont le but majeur est de redéfinir la relation, le statu quo ante autour de l'axe inférieur/supérieur semblent avoir pour structure profonde : « Tu dis que ..., eh bien, moi, je te dis que... » ; ils révèlent toujours une intention de persuader X de développer un faire de soumission. Même une phrase telle que : « Tu dis que je suis en haut ; eh bien, moi, je te dis que je suis en bas », reste, malgré les apparences du contenu, le fait d'un locuteur qui a pour intention majeure de mener le jeu. N'est-ce pas lui qui détermine les règles, qui dicte à X ce qu'il doit faire  10  ?

Il subsiste fort heureusement, sans quoi parler deviendrait un véritable cauchemar, des méta-actes qui régulent ou neutralisent l'incontournable faire faire de soumission qu'impliquent un ordre ou un conseil. Ce sont encore des figures suspensives du type : « Sans te commander », « Si je puis me permettre... », « A mon humble avis », « Tu fais ce que tu veux, mais moi je te conseillerais », « Il me semble... » ; ce sont les actes de langages indirects du type « Peux-tu me passer le sel ? » ; les questions génériques du genre : « Qui peut ignorer ... ? » ; les verbes au conditionnel, les mimiques ostentatoires caractéristiques d'une position neutre...

En somme, ainsi que pour l'axe intérieur/extérieur (horizontal), nous parlons pour créer une position, pour redéfinir une position (ce qui équivaut à une disjonction verticale), pour affermir une position, pour neutraliser une position (ce qui équivaut à une suspension verticale).

Changer revient, selon notre modèle, à démolir et son rang et son territoire intime. Changer c'est mourir, en quelque sorte. Et, à moins d'une résurrection, d'une renaissance prochaine, nul n'aime changer, comme nul n'aime mourir.

Notons que mes paroles trahissent ma position tout autant qu'un tireur embusqué trahit la sienne à partir de ses propres coups de feu. Ma position une fois détectée, mon auditeur va aussitôt adapter son comportement en fonction de ce que je lui laisse entendre sur ce que nous sommes censés être l'un pour l'autre. Ce qui entraînera, rétroactivement, un comportement adaptatif de ma part, en fonction de la réaction de mon auditeur, etc. Il y a statu quo lorsqu'un consensus s'établit sur la définition du « qui tu es pour moi, qui je suis pour toi ».

Un même individu pourra développer une position de domination envers sa femme, une position de soumission envers sa maîtresse, une position neutre envers sa mère, une position de soumission envers son patron, une position de domination envers ses ouvriers, une position de soumission envers son groupe d'appartenance et une position de domination envers le groupe rival; ou encore, selon le cas, et vis-à-vis d'une même personne, une position neutre pour ce qui est du travail, une position de domination pour ce qui est de son savoir faire avec les femmes, une position de soumission pour ce qui est des problèmes informatiques, etc., sans être pour autant et le moins du monde schizophrène.

Ceci révèle tout simplement l'extrême complexité de nos relations intersubjectives. Et une catégorisation définitive des types humains en introvertis / extravertis ; agressifs / non-agressifs ; dominés / soumis ; bons / mauvais ; rationnels / mystiques, holistes individualistes 11 , n'est pas sans gommer un facteur majeur : l'extrême variation de nos comportements en fonction du contexte.


Le lien, la stratégie et le paradoxe

En résumé, parler dans un contexte donné, c'est, au moins, se trahir quatre fois :
  (a) Je révèle mon intention de conjoindre ou de disjoindre (mon faire de jonction). Autrement dit ma manière de me situer, horizontalement, par rapport à l'axe intérieur/extérieur.  
  (b) Je révèle mon rang, ma position : à savoir, où je me situe verticalement, par rapport à l'axe inférieur/supérieur (mon faire de position).  
  (c) Je révèle si je suis fermé ou ouvert, positif ou négatif, per-suasif ou di-suasif.  
  (d) Je trahis encore si je suis cohérent ou incohérent, crédible ou non crédible, manipulateur ou sincère, à la manière dont je négocie (a), (b) et (c) ; au degré de compatibilité de ces derniers avec le contenu de mon syntagme (référentialisation interne), ou avec la réalité (référentialisation externe).  

Un négoce subtil et troublant se trame, en effet, à tout instant entre (a), (b) et (c). Le jeu consiste à sacrifier l'un pour posséder l'autre. Le mari trompé qui pardonne espère gagner en conjonction ce qu'il perd en position, en dignité.
A l'inverse, prononcer « Je t'ignore », équivaut à renoncer à la conjonction pour garder la position.
L'ascète récupère en hauteur ce qu'il perd en conjonction.
Le religieux gagne en conjonction (et parfois en position) ce qu'il perd en se fermant.
Le suicidé gagne en position ce qu'il perd en se tuant (disjonction avec la vie). L'importun espère gagner en conjonction ce qu'il perd en position.
Le séducteur espère gagner en conjonction ce qu'il perd en s'ouvrant.
Celui qui promet, qui jure, offre sa liberté, son pouvoir faire en échange de la conjonction.
Le défi consiste à exciter (a) pour amener X à faire (b) et vice versa.
« Tu me donnes (a), je t'offre (b) ou (c) et inversement », telle semble, en gros, la structure profonde de nos potlatch interactionnels quotidiens.

Toute incompatibilité entre (a), (b), (c) et la réalité, ou le contenu du syntagme, peut, de surcroît, générer des paradoxes pragmatiques.

- Incompatibilité du faire de jonction, avec le contenu du syntagme, ou la réalité : c'est le cas de : « Aimez-vous les uns les autres », proféré par le prosélyte dans le but de disjoindre de leur groupe d'origine ceux qu'il appelle à le suivre. C'est le cas de « Va-t-en, je ne veux plus te voir » pour dissuader X de partir (épitrope). Le cas de celui qui fait l'éloge du silence au moyen de longs discours. Le cas de celui qui parle en termes guerriers de la paix ; avec intolérance de la tolérance, etc.

- Incompatibilité du faire de position, avec le contenu du syntagme, ou la réalité : c'est le chef qui fait l'éloge de l'égalité, qui fait part de sa haine du pouvoir. C'est le « Camarade » d'un patron soviétique à ses ouvriers. C'est la hiérarchisation dans un mouvement anarchiste. C'est dire « Je ne sais rien », pour marquer sa supériorité. C'est dire : « La séance est ouverte », alors qu'on n'est pas président de séance. C'est dire : « Je vous baptise », alors qu'on n'est pas prêtre. C'est la fameuse injonction « soyez spontané ! », qui, de l'avis de P. Watzlawick, met forcément la personne qui la reçoit « dans une position intenable, car pour obéir, il lui faudrait être spontanée par obéissance, donc sans spontanéité » ; ou de ses variantes : « Je veux que tu me domines », « Ne sois donc pas si docile », etc. 12 . C'est le père qui insiste pour que son fils l'appelle par son prénom, espérant abroger ainsi l'incontournable relation père/fils, etc.

- Incompatibilité du faire de suasion, avec le contenu du syntagme, ou de la réalité : c'est le cas de ceux qui, à défaut de moderniser le judaïsme, le christianisme ou l'islam, judaïsent, christianisent ou islamisent la modernité par un discours pseudo-rationalisant, pseudo-philosophique ou scientifique : « Tout est dans la Bible ou le Coran, vous diront-ils, de la relativité d'Einstein à la théorie de l'expansion de l'univers, en passant par la mécanique quantique, la preuve, il est écrit dans tel et tel verset ... » C'est le cas typique de la « Creation Research Sociely », fondée par un groupe d'universitaires, en 1963 en Californie, dans le but de mener des recherches dites « scientifiques » sur la naissance de l'univers à partir du « paradigme » biblique 13.

Ces discours révèlent en fait une double antinomie : dissuasifs, fermés, ils se présentent comme ouverts, persuasifs, et, qui plus est, mettent sur un pied d'égalité les connaissances scientifiques d'il y a deux mille ans avec celles d'aujourd'hui. Ce qui motive de tels anachronismes, bien plus fréquents qu'on ne le croit ? C'est bien évidemment le lien. Une résistance désespérée de l'oratoire contre le rouleau compresseur du laboratoire, contre sa prodigieuse puissance disjonctive.


Le signe-lien

Un baptême, par exemple, est un signe-lien (ou ligasigne) qui a l'élément liquide pour substance, par opposition au métal tranchant de la circoncision. Sa manifestation est un lien conjonctif qui vise à cimenter l'attachement des parents à l'Eglise dans le même temps que de les disjoindre par rapport à tout autre rite initiatique.

Le même baptême, du temps de Saint Paul, avait pour vocation d'abolir un lien majeur : la circoncision, et autorisait une redéfinition de la relation vis-à-vis de l'autorité pharisienne et saducéenne ; il persuadait le païen de se convertir, tout en dissuadant le judéo-chrétien de perpétuer la mise à l'écart des incirconcis dans la nouvelle communauté.

Pour en revenir à notre phrase de départ, « Jésus n'était qu'un homme », on peut maintenant faire remarquer que notre calcul rend parfaitement compte de ce qu'elle a d'explosif. Le mot Jésus est, en soi, un signe-lien hautement « ligaro-actif » autour duquel toute la communauté chrétienne se soude et espère. Ce mot confirme à lui seul un lien conjonctif, et réclame du fidèle une position d'obéissance.

Or, au signe Jésus est rattachée l'idée de « fils de Dieu ». En infirmant ce sème nucléaire, j'indique forcément mon intention de redéfinir l'axe supérieur/inférieur et, par voie de conséquence, l'axe intérieur/extérieur. Ma phrase équivaut, aux oreilles du croyant, à une disjonction maximale. Par l'entremise de mon syntagme, autorisation lui est donnée de ne plus perpétuer une position de soumission vis-à-vis de l'autorité ecclésiale, comme d'abandonner les faire faire du clergé pour adopter mes faire faire...


Le signe-lien et la force

Il ressort de notre étude que le propre d'un énoncé performatif explicite est d'exposer, d'étaler à découvert, au grand jour, avec force, la nature de la relation que j'aimerais entretenir avec mon auditeur ; il est une sorte de commentaire sur le lien, un lien qui trahit sa propre « ligaro-activité ». Sa caractéristique n'est pas de décrire le monde, mais de forger ou de réifier le lien, et c'est dans ce sens qu'il transforme la réalité.

Ce que nous voulons dire par là, c'est que la force qui émane d'un ordre n'est pas dans l'ordre lui-même, mais dans le type de lien qu'il va constituer, ou confirmer. Un soldat qui ordonne à son supérieur hiérarchique de se mettre au garde-à-vous n'agit pas différemment qu'un enfant s'imaginant qu'il suffit d'enfoncer un robinet dans un mur pour avoir de l'eau. A la limite, et paradoxalement, donner un ordre explicite, c'est presque marquer sa faiblesse, c'est gâcher un « joker », c'est avouer que les autres moyens : l'aura, le charme, l'humour, n'ont pas fonctionné.

Des mots comme Moïse, Jésus, Mahomet, Allah ; des objets comme un drapeau, une relique, une icône... sont, pour certains, infiniment plus puissants, plus foudroyants, plus ligaro-actifs que les énoncés performatifs.

Notons enfin qu'un même énoncé performatif, peut, selon la position du locuteur, produire des liens différents. Une promesse d'un chef à son groupe n'est absolument pas comparable à la promesse du néophyte qu'on initie...
Le chef promet pour asseoir sa position haute, pour cimenter le lien ; le néophyte promet pour confirmer sa position basse, pour créer un lien.

On peut encore faire une promesse pour neutraliser un lien, c'est le cas de : « Je te promets, je n'ai rien dit ».


Conclusion

S'il est vrai que, dans un texte, la dissémination du sens paraît considérable, elle ne nous semble, cependant, ni chaotique ni infinie, mais, contrairement à ce que suggère la vogue « déconstructionniste », comme fortement balisée, déterminée par le contexte, le cotexte, le type de jonction, le type de position...

Il est des œuvres entières qu'on pourrait résumer sur le plan relationnel en : « disjonction », « Tu dis que..., eh bien, moi, je te dis que... », etc. C'est le geste fondamental d'un Spinoza, d'un Nietzsche, d'un Marx...

D'autres qu'on pourrait résumer en : « Il faut cimenter le lien », « Eux sont en bas, nous sommes en haut », etc., c'est, globalement, le cas du discours politique ou religieux.

Une ligaro-analyse d'un texte, d'une croyance, d'une théorie, d'un objet, a encore le mérite de débrouiller pourquoi il y a dérive cancéreuse du sens, pourquoi un commentaire prend telle ou telle direction, pourquoi certains préfèrent se fourvoyer hors des « limites de l'interprétation » 14. Pourquoi il a fallu plus de deux mille ans pour se débarrasser de la physique d'Aristote, pourquoi Darwin scandalise, pourquoi Salman Rushdie risque la mort, pourquoi les femmes africaines s'acharnent encore à perpétuer l'excision, tout en sachant pertinemment qu'elles accomplissent là un acte grave de mutilation ; ce qui différencie une relique d'un bout de bois, un temple d'une maison, une histoire sainte d'une légende profane...

Austin et Searle nous proposent cinq manières d'employer la langue. Pour le premier, il y aurait « le verdictif [qui] conduit à porter le jugement, l'exercitif à affirmer une influence ou un pouvoir, le promissif à assumer une obligation ou à déclarer une intention, le comportatif à adopter une attitude, l'expositif à manifester plus clairement ses raisons, ses arguments, bref à élucider la communication » 15 . Quant au second, il affirme qu'en parlant, « Nous disons à autrui comment sont les choses (asserlifs), nous essayons de faire faire des choses à autrui (directifs), nous nous engageons à faire des choses (promissifs), nous exprimons nos sentiments et nos attitudes (expressifs) et nous provoquons des changements dans le monde par nos énonciations (déclaratifs) » 16 .

Notons, toutefois, que cette classification, présente, selon nous, un défaut majeur, celui de ranger les exercitifs ou les directifs dans une classe à part, ce qui laisserait à penser qu'il existe dans l'univers des actes qui n'impliquent aucun faire faire.

Echappe, encore, àcette catégorisation, tous les actes non-verbaux, qui pourtant n'agissent pas moins que des performatifs : un drapeau ne me donne-t-il pas l'ordre de me soumettre à mon pays ? Un rite, celui de perpétuer les us et coutumes de mon groupe ? Se dérobe, enfin, à cette catégorisation, la notion de liens, de forces cohésives ou schismatiques, de positions, etc.

En un mot, nous souhaitons que la linguistique, en tenant compte de la ligaro-activité des actes de langage, passe du stade de la « chimie » à celui de la « physique nucléaire » du signe. D'ailleurs, qui sait si Austin n'a pas lui aussi sacrifié à la métaphore de l'atome radioactif ? Est-ce pur hasard si, selon lui (à l'image des rayonsqu'émet l'uranium), il émane seulement trois forces des actes de langage : locutoires, illocutoires, perlocutoires ?